Les violences économiques, moins visibles que les coups, sont pourtant très présentes et ont des conséquences financières lourdes pour les victimes. La presse récente a remis le sujet au centre des débats, ce qui rappelle l'urgence d'informer et de proposer des mesures pratiques pour protéger les ressources et sortir d'une situation d'emprise.
Qu'entend-on par violences économiques ?
On parle de violences économiques quand un·e partenaire restreint, contrôle ou sabote l'accès aux ressources financières de l'autre. Les formes courantes incluent:
- contrôle total des comptes bancaires et refus de donner de l'argent pour les besoins quotidiens,
- confiscation des revenus, interdiction de travailler ou sabotage professionnel,
- dettes contractées au nom du/de la partenaire sans information,
- menaces liées à l'argent, chantage financier, ou achats destinés à appauvrir le foyer.
Ces pratiques érodent l'autonomie, piègent les victimes dans la dépendance et compliquent toute sortie du couple.
Pourquoi l'actualité en parle - quels enjeux en France ?
La récente couverture médiatique vise à sensibiliser le grand public et à pousser les acteurs publics à mieux répondre. Les enjeux principaux sont:
- protection immédiate des victimes et de leurs enfants,
- accès plus rapide aux ressources financières d'urgence,
- meilleure formation des banques et services sociaux pour repérer et accompagner les situations d'emprise,
- accès facilité aux procédures judiciaires/administratives de protection.
Du point de vue budgétaire, une victime privée d'argent peut perdre des années d'épargne, se trouver empêchée d'accéder à un logement ou à des soins et accumuler des dettes que la jurisprudence pourra, dans certains cas, contester.
Repères juridiques et ressources officielles
Plusieurs ressources officielles existent pour les victimes:
- Service-public.fr - page consacrée aux violences conjugales et aux mesures de protection: https://www.service-public.fr,
- Ministère chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes - informations et dispositifs,
- 3919 - numéro national d'écoute pour les victimes de violences conjugales: https://3919.fr,
- France Victimes - réseau d'accueil et d'accompagnement des victimes: https://www.francevictimes.fr.
Ces sites expliquent les procédures disponibles comme l'ordonnance de protection, les dépôts de plainte et l'aide juridictionnelle. Ils restent les premiers points d'entrée pour obtenir des informations fiables et confidentielles.
Impact concret sur le budget d'une victime - exemples
Voici des exemples concrets pour comprendre l'ampleur des conséquences:
- une personne empêchée de travailler pendant 12 mois perdra non seulement son salaire mais aussi sa cotisation retraite et ses droits sociaux,
- la confiscation d'une carte bancaire peut bloquer le paiement du loyer, entraînant des frais de retard ou un risque d'expulsion,
- des dettes contractées au nom du foyer sans information peuvent faire chuter le score de crédit et empêcher l'obtention d'un crédit pour se reloger.
Ces situations pèsent durablement sur l'autonomie financière et nécessitent des réponses rapides et coordonnées.
12 actions concrètes et immédiates à mettre en place
Si vous êtes victime ou témoin d'une situation d'emprise financière, voici une feuille de route pratique. Chaque étape est décrite pour être mise en oeuvre dans les jours qui suivent la décision de se protéger.
1) Si danger immédiat - appelez
En cas de danger, appelez le 17. Pour un soutien et des informations, appelez 3919 (numéro national d'écoute). Ces appels sont confidentiels et orientent vers des hébergements d'urgence, des services sociaux et des associations locales.
2) Rassembler les documents essentiels
Faire une copie, même numérique, des documents suivants et les placer sur un cloud sécurisé ou chez une personne de confiance:
- pièces d'identité,
- bulletins de salaire et attestations d'allocations,
- relevés bancaires récents,
- contrat de travail, bail, titres de propriété,
- justificatifs des dépenses courantes (factures, quittances).
Ces pièces deviennent capitales pour demander des mesures d'urgence ou prouver des détournements.
3) Ouvrir un compte bancaire séparé
En France, toute personne majeure peut ouvrir un compte bancaire seul·e, même si elle vit en couple. Ouvrir un compte personnel et y transférer une petite réserve permet de payer discrètement les dépenses essentielles (transport, santé, hébergement d'urgence).
4) Informer sa banque - demander des mesures de protection
Contactez la banque en expliquant la situation; les établissements peuvent proposer des mesures d'accompagnement (mise sous surveillance des comptes, blocage des moyens de paiement partagés, envoi de documents sur une adresse sécurisée). Il est utile d'avoir un récépissé de la prise de contact.
5) Déposer une main courante ou porter plainte
Déposer une main courante documente la situation. Porter plainte permet d'engager des mesures judiciaires et facilite des actions ultérieures sur les comptes ou les dettes frauduleuses.
6) Demander une ordonnance de protection
La procédure d'ordonnance de protection (voir service-public.fr) permet d'obtenir des mesures provisoires très rapides: interdiction de contact, attribution du logement à la victime, mesures provisoires sur les ressources.
7) Saisir une assistance sociale / les services du département
Les services sociaux peuvent débloquer des aides d'urgence, orienter vers des dispositifs d&apos|hébergement et aider pour les démarches administratives (aide financière, démarches CAF). Contactez la mairie, le CCAS ou la préfecture selon votre lieu de résidence.
8) Vérifier et contester les dettes
Si des prêts ou achats ont été contractés sans votre accord, il faut :
- demander à la banque des explications sur les mouvements,
- contester formellement auprès des créanciers en fournissant la plainte ou la main courante,
- solliciter l'aide d'un avocat ou d'une association pour engager une procédure de contestation.
9) Sécuriser les abonnements et accès numériques
Changer les mots de passe de messagerie, comptes bancaires en ligne et réseaux sociaux. Si le/ la partenaire a accès aux appareils, faites ces changements depuis un appareil sécurisé ou demandez à une tierce personne de confiance d'aider.
10) Prévoir un budget de sortie
Établissez rapidement un budget minimal couvrant 1 mois: loyer, nourriture, transports, soins. Identifiez les sources possibles d'argent d'urgence: salaire à venir, proches, aide du CCAS, fonds d'urgence d'associations.
11) Conserver les preuves financières
Sauvegardez les captures d'écran, échanges de messages, factures suspectes, et tout élément prouvant le contrôle ou les détournements. Ranger ces preuves dans un dossier numérique et papier sécurisé.
12) Se faire accompagner par une association ou un·e avocat·e
Des associations locales spécialisées aideront pour les démarches administratives et l'hébergement. L'aide juridictionnelle peut couvrir tout ou partie des frais d'avocat selon les revenus. France Victimes et le 3919 peuvent orienter vers des structures locales.
Cas pratiques: deux scénarios
Scénario A - compte commun bloqué
Situation: Mme X n'a plus accès au compte commun et a besoin de 800 euros pour le dépôt d'un nouvel appartement.
Actions recommandées:
- ouvrir un compte individuel et demander une avance sur salaire à son employeur,
- contacter le CCAS pour une aide financière exceptionnelle,
- déposer une main courante et demander une ordonnance de protection si l'accès aux fonds est refusé de façon abusive,
- si des prélèvements incontrôlés ont eu lieu, demander à la banque les copies des pièces justificatives de ces opérations et contester formellement.
Scénario B - dettes contractées sans consentement
Situation: M. Y découvre des crédits à la consommation souscrit en son nom mais sans son accord.
Actions recommandées:
- porter plainte pour usurpation d'identité et escroquerie,
- alerter les créanciers en envoyant la copie de la plainte,
- solliciter la médiation bancaire et, si nécessaire, une action judiciaire pour annuler les dettes frauduleuses,
- vérifier auprès des organismes de crédit l'existence d'autres contrats et demander la radiation éventuelle.
Ce que peuvent faire les banques et les employeurs
Banques:
- proposer des comptes et moyens de paiement sécurisés,
- mettre en place une vigilance sur les opérations suspectes,
- fournir des relevés et copies d'opérations sur demande pour alimenter une plainte.
Employeurs:
- accorder des congés pour démarches judiciaires,
- proposer une avance sur salaire,
- orienter vers le service social de l'entreprise ou vers des dispositifs d'aide locaux.
Prévenir: conseils pour limiter les risques
La prévention passe par la sensibilisation et quelques règles simples:
- conserver des copies des documents importants hors du domicile,
- ouvrir au moins un compte dont seule la personne concernée a l'accès,
- ne jamais communiquer ses codes, même à un partenaire,
- conserver des preuves d'indépendance financière (contrats, fiches de paie),
- se renseigner régulièrement sur les droits et les recours disponibles.
Ressources utiles et officielles
Sites et numéros à connaître:
- 3919 - numéro national d'écoute pour les victimes de violences conjugales: https://3919.fr,
- Service-public.fr - informations sur les mesures de protection: https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N319,
- France Victimes - accompagnement des victimes: https://www.francevictimes.fr,
- Ministère de l'Intérieur - signalement et dépôts de plainte: https://www.interieur.gouv.fr.
Conclusion - agir vite et en sécurité
Les violences économiques sont une réalité qui fragilise l'autonomie et le patrimoine des victimes. La médiatisation récente du sujet en France rappelle que l'information et l'accès aux dispositifs de protection sont essentiels. Si vous vous retrouvez dans cette situation, priorisez la sécurité, rassemblez les preuves et sollicitez les numéros et structures cités. Ouvrir un compte personnel, contacter une association, déposer une main courante et, si nécessaire, demander une ordonnance de protection sont des étapes concrètes qui permettent de sécuriser vos finances et de reprendre le contrôle.
En cas d'urgence, appelez le 17. Pour un premier contact et une orientation, composez 3919.
Cet article vous a été utile ?